Chronologie de l’affaire

 

Juillet 1910 :
Jules Durand, trente ans, est élu secrétaire du Syndicat ouvrier des charbonniers du port du Havre. Il est inscrit à l’Université Populaire, est adhérent à la Ligue antialcoolique et à la Ligue des Droits de l’Homme.

18 août :
Début de la grève des charbonniers.
Outre une augmentation de salaire, le syndicat réclame une réduction du temps de travail pour compenser le préjudice de la mécanisation (le Tancarville) et préserver l’emploi. L’installation de douches sur les quais et la suppression du « fourneau économique », charité humiliante, sont également mentionnées.

MDC (41)

9-10 septembre :
Une bagarre d’ivrognes se termine par la mort de Louis Dongé, charbonnier non-gréviste.

11 septembre :
Arrestation de Jules Durand et des frères Boyer, inculpés pour complicité morale d’assassinat. Ils sont incarcérés à la prison Danton du Havre.

9 septembre – 12 octobre :
L’affaire, qui implique sept personnes, est instruite en huit semaines par le juge d’instruction Vernys, au Palais de Justice du Havre. Maître René Coty est l’avocat commis d’office de Jules Durand.

8 novembre :
Ordonnance de mise en accusation de Jules Durand et de cinq autres inculpés devant la cour d’assises.

16 novembre : Jules Durand est transféré à la prison « Bonne nouvelle » de Rouen.

25 novembre : La cour d’assises de Rouen condamne Jules Durand à la peine capitale.

28 novembre : Grève générale de 24 heures au Havre.

Novembre – décembre :
Des comités de défense, des mouvements de protestation, des campagnes de presse (Jaurès, Anatole France…) sont créés en faveur de Jules Durand, en France comme à l’étranger. La CGT organise plus de 1 500 meetings. La Ligue des Droits de l’Homme milite pour la révision du procès. La requête en grâce en faveur de Jules Durand est signée par 200 députés et adressée au président de la République.

22 décembre : Le pourvoi en cassation de Durand et Lefrançois est rejeté.

31 décembre : Par décret présidentiel, Armand Fallières commue la peine de mort en sept ans de réclusion criminelle. En prison, l’état mental de Jules Durand se détériore rapidement.

16 février 1911 : Pourvoi en révision déposé devant la Cour de cassation et libération de Jules Durand. Son retour au Havre est triomphal, mais il ne peut que bafouiller quelques mots de remerciements.

14 mars :
Naissance au Havre de Juliette, fille de Jules Durand et Julia Carouge. Elle sera élevée par sa grand-mère, dans le déni de sa propre histoire.

Avril : Internement en asile psychiatrique au service Pinel de l’hôpital du Havre puis à l’hôpital des Quatre-Mares à Sotteville-lés-Rouen.

Septembre : Transfert à l’hôpital Saint-Anne à Paris, pour 16 mois.

9 août 1912 : La Cour de cassation casse le jugement de la cour d’assises de Seine Inférieure, renvoyant le sort de Jules Durand à un nouveau procès, rendu impossible par sa maladie mentale postérieure à sa condamnation.

Juillet 1917 : Une nouvelle loi autorise la Cour de cassation à statuer sur le fond sans renvoi, en cas de démence de l’accusé.

15 juin 1918 : Arrêt de la Cour de cassation reconnaissant l’innocence de Jules Durand, au terme d’une nouvelle enquête qui établit les faux témoignages. Plusieurs cadres de la
Compagnie Générale Transatlantique avouent avoir récompensé les témoins à charge. Les auteurs de la machination ne sont pas poursuivis.

20 février 1926 : Mort de Jules Durand au « régime des indigents » de l’asile départemental d’aliénés de Quatre-Mares à Sotteville-lés-Rouen. Il repose au cimetière Sainte-Marie, au Havre, auprès de sa mère.